L'encapuchonnement résulte d'une flexion extrême de la partie antérieure de l'encolure et d'un blocage de sa base n'étirant pas les illio-spinaux. Le dos est bloqué, ce dont témoignent ici un port de la queue vertical et une locomotion défectueuse.
Extrait de Dérives du dressage moderne de Phillipe Karl
Constat
De nos jours, pour « arrondir » le cheval et lui faire « donner son dos, la quasi-totalité des spécialistes du dressage abaisse la nuque et ramène le chanfrein en arrière de la verticale. Prenant exemple sur les « champions », de l'enseignant au débutant, tout un chacun encapuchonne les chevaux.
Cela mérite une étude sérieuse.
Conséquences de l'encapuchonnement
+ Ligaments cervicaux
Les ligaments supérieurs sont soumis à un étirement extrême et prolongé, occasionnant des déchirures des fibres, des arrachements aux insertions, des inflammations...
L'encolure est rompue en son milieu et perd de sa tonicité.
+ Glandes parotides
Elles subissent une compression extrême sans processus adaptatif menant à une déformation progressive. Inflammations très douloureuses et indurations irréversibles en sont les fréquentes conséquences.
+ ¼il et oreille
Pour ajuster ses postures et adapter ses mouvements à toutes les exigences de l'équilibre, le cheval dispose comme l'homme de 3 référentiels :
- Le sol, dont il a une perception tactile. Il coordonne ses gestes de façon à maintenir les masses à la verticale des points d'appui.
- L'environnement, que le cheval appréhender par la vue. Une fois encapuchonné, le cheval ne dispose plus que d'une vue monoculaire latérale réduite et d'une vue binoculaire lui permettant à peine de juger où il pose ses pieds. C'est pourquoi beaucoup de chevaux coupés de leur environnement, perdent toute expression et semblent comme autistes.
- La gravité, qui est perçue par l'oreille interne.
Toutes ces informations tactiles, visuelles et gravitationnelles sont traitées par le cerveau. Or, dans les situations extrêmes, le cheval comme bien d'autres espèces, stabilise sa tête dans une position optimisant le fonctionnement de ce système de navigation.
Eloigner considérablement et durablement la tête du cheval de sa position naturelle de référence, en y ajoutant la perte des repères visuels, c'est très probablement occasionner des troubles de l'équilibre.
+ Bracio-céphaliques
Ces muscles reliant la tête au bras, se trouvent raccourcis et contractés à l'extrême...ce qui verrouille le geste d'épaules par ailleurs surchargées. Le cheval tend à basculer par-dessus ses antérieurs et se retrouve sous-lui du devant.
D'autre part l'encapuchonnement résulte d'un raccourcissement bilatéral des bracio-céphaliques...incompatible avec la flexion latérale de l'encolure.
Cela exclut els assouplissements latéraux et la participation du balancier tête – encolure aux ondulations vertébrales de la locomotion.
+ Illio-spinaux
Ce sont les mucles du dos, qui relient le bassin aux vertèbres de la base de l'encolure. Ils ne peuvent s'étirer que si cette dernière s'allonge sur l'horizontale.
Or l'encapuchonnement résulte d'une flexion extrême de la partie antérieure de l'encolure (étirant les splénius et complexus) et d'un blocage de sa base (n'affectant pas les illio-spinaux).
A-t-on jamais vu un cheval s'encapuchonner au dessus d'un obstacle pour mieux arrondir et passer son dos ?...Au contraire, il s'étend, nez en avant.
+ Contact
Le cavalier est satisfait, il juge son cheval « décontracté » et en « équilibre », car pesant moins sur la main. En fait, il est fort établi sur les épaules et très mal à l'aise, t ne pèse moins sur l'embouchure que dans la mesure où il passe derrière la main. Equilibre et contact se trouvent ainsi découplés, et coupés de la réalité.
Le cheval apprend à ne plus tendre ses rênes, en se rétractant. Ce passage « en arrière de la main » contient en germe un risque de passage « en arrière des jambes »...voire de rétivité.
Adieu équilibre...et en prime, adieu impulsion !
+ En résumé
L'encapuchonnement, attitude contre-nature obtenue par des mains rétroactives et divers instruments de contention, dénote une conception vulgaire de la « mise en main », fondée sur une grave méconnaissance du cheval. Que des vedettes du dressage sportif international tentent de le justifier et d'en faire la promotion sous le nom de « Rollkur » n'y change rien. C'est une domination autoritaire et grossière qui prive le cheval d'une grande partie de ses moyens et met la « plus noble conquête de l'homme » dans la position de l'esclave condamné aux entraves.
+ En terme de locomotion
Les épaules étant surchargées et leur jeu verrouillé, au pas le cheval précipite le geste des antérieurs...loqué et comprimé au lieu de s'étendre et de jouer son rôle de balancier, l'encolure n'étire pas les muscles dorsaux et fige peu à peu les ondulations naturelles de la tige vertébrale (moteur de la locomotion) : le dos ne fonctionne plus et les postérieurs traînent.
Blocage de la tige vertébrale, précipitation des antérieurs et paresse des postérieurs : au final, le cheval latéralise son pas et se rapproche de l'amble.
Bien souvent, le cheval ne bascule plus son dos et tend vers un galop couru, comme amblé.
+ [s]En terme d'équilibre
Surchargeant les épaules dont le jeu est verrouillé, le cheval prend l'habitude de travailler en basculant par-dessus ses antérieurs.
A l'heure du rassembler, il effondre sa nuque au lieu de se grandir, et se place sous lui du devant...sur les épaules, donc. Par ailleurs, la contraction du dos empêchera la flexion du rein et l'engagement des postérieurs. Incapable de se rééquilibrer sur les hanches , le cheval ne pourra donner qu'un médiocre trépignement en guise de piaffer.
+
Historiquement Tous les grands maîtres ont condamné l'encapuchonnement, sans appel. Baucher lui-même, dont la première manière pouvait en partie avoir ces conséquences, les a par la suite corrigées dans sa « seconde manière », (rédigée par Faverot de Kerbrecht, mais hélas méconnue).Les règlements FEI recommandent aussi « ... le chanfrein légèrement en avant de la verticale. » Pourtant, on voit se classer et gagner même à haut niveau, des chevaux régulièrement enfermés, qui amblent en guise de pas rassemblé et piaffent sous eux du devant. A quoi rime une discipline quand son règlement n'est pas appliqué ? Elle érige la faute en norme et le pire en exemple.
Que vaut une équitation qui, obnubilée par le travail du dos mène à la perversion d'une allure naturelle ? Que penser d'un système qui, obsédé par l'engagement des postérieurs, aboutit régulièrement à des piaffers sur les épaules, dérisoires parodies de rassembler ?L'encapuchonnement ne constitue pas seulement une option technique injustifiable, mais relève purement et simplement du mauvais traitement.